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Full text of "Valadier"

Objet d'art de la saison n°50 



Un anneau du vi e siecle av. J.-C. 

retrouve son montage 

de Luigi Valadier (1726-1785) 



Du 24 avril au 9 septembre 2013 

Departement des Objets d'art, 
aile Richelieu, i er etage, salle 96 




fig.1 




Support 

Luigi ou Giuseppe Valadier 
Rome, fin du xvm e siecle 
Porphyre, marbre blanc, bronze 
Paris, musee du Louvre; MR 1561 



Anneau 

Italie centrale (Picenum) 

vi e siecle av. J.-C. 

Bronze 

Paris, musee du Louvre; Br 1533 (MR 1561) 



Depuis les campagnes revolutionnaires en Italie, 
le musee du Louvre conserve un ensemble unique 
d'ceuvres de Luigi Valadier provenant des collections 
du due Braschi-Onesti, neveu du pape Pie VI. Presque 
vingt ans apres l'exposition consacree a Valadier 
au Louvre (1994), d'autres pieces de ce puzzle retrouvent 
leur place ; ici, e'est un anneau antique qui est reuni 
a son socle du xvm e siecle. 

Giovanni Angelo Braschi, devenu Pie VI en 1775, 
adopta en 1781 ses deux neveux Romualdo et Luigi 
Onesti (1745-1816). Romualdo recut un chapeau 
de cardinal et Luigi fut marie a une Falconieri et fait 
due de Nemi (fig.1). II accumula rapidement une fortune 
colossale, grace au nepotisme ehonte de son oncle, qui 
lui accorda de nombreux privileges et lui donna la part 
du lion dans la speculation fonciere sur les marais pontins. 
Luigi Onesti-Braschi, Grand d'Espagne, chevalier 
de l'ordre du Saint-Esprit, incarne la fulgurante 
progression de cette famille, qui, dans sa Cesena natale, 
occupait un rang assez modeste. Pie VI decida de faire 
construire un palais qui manifestat dans Rome l'opulence 
et la noblesse des Braschi. Lenorme construction, 
qui donne a la fois sur le Corso et sur la place Navone, 
fut entreprise a partir de 1791 sur les plans de Cosimo 
Morelli (1 732-1 81 2). Le chantier, interrompu a cause 
de l'invasion francaise en 1798, reprit en 1804 mais 
le palais restait encore inacheve a la mort du due de Nemi 
en 1 816. Le palais, neo-Renaissance, prend sa place entre 
ceux de la Chancellerie, des Farnese ou des Massimo, 
et affirme pesamment le statut des Braschi au sein 
du patriciat romain. Par sa taille, la construction domine 
meme le colossal palais Doria-Pamphili voisin (fig. 2). 



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fig. 2 



fig.3 



fig.4 



Luigi Braschi-Onesti, avec toute l'impatience 
de l'argent recemment gagne, se constitua rapidement 
une collection d'antiques magnifiquement mise en scene 
par Luigi Valadier (1726-1785). 

Le talentueux orfevre trouva dans les Braschi 
des mecenes a sa mesure, et leur fournit les ceuvres 
luxueuses et sophistiquees qui correspondaient a leurs 
desirs. A partir de son election au trone pontifical, 
Pie VI fit largement appel a Valadier pour les musees 
du Vatican comme pour sa famille. II devint, avec 
le prince Borghese, son plus gros client. En 1779, 
Valadier fut nomme surintendant des restaurations 
pour les collections de bronzes et de camees du Vatican. 
Pour Luigi Braschi-Onesti, il acheva en 1783 
un somptueux surtout, dont quelques elements sont 
presentes salle 63. La specificite de ce decor de table 
etait d'incorporer de veritables antiquites, dont une serie 
de monnaies d'or, aujourd'hui disparues. Les antiques 
constituant le cabinet proprement dit furent, elles aussi, 
luxueusement montees par Valadier. Son fils Giuseppe 
acheva certainement nombre de ses montures : il reprit 
l'atelier apres le suicide de son pere en 1785. 

Au xvm e siecle commencerent a apparaitre dans 
les grandes collections d'antiques des anneaux en bronze 
d'un type tres particulier : realisees en fonte pleine, 
pouvant mesurer entre une douzaine et une vingtaine 
de centimetres de diametre et peser jusqu'a deux kilos, 
ces pieces massives se caracterisent par quatre ou, 
plus souvent, six protuberances biconiques, parfois 
spheriques, disposees regulierement sur le pourtour. 
La collection Braschi en possedait deux, celui expose 
ici et un second (fig.3) dont le montage en forme d'Atlas 
n'a pas ete retrouve. Leur provenance anterieure 



n'est pas connue, mais d'autres anneaux du meme type 
furent decouverts sur la cote adriatique, au sud d'Ancone, 
autour des sites de Cupra Marittima et Ripatransone. 
Les premiers commentateurs y ont ainsi vu, a juste titre, 
une production caracteristique des Picenes, qui ont 
developpe dans le Picenum (l'actuelle region des Marches) 
une des cultures les plus originates de l'ltalie antique 
avant la conquete romaine (carte, fig.4). Ces anneaux, 
qui ont du constituer des curiosites sur le marche 
romain des antiquites, ont progressivement integre, 
dans les dernieres decennies du xvm c siecle et surtout 
au xixe siecle, de nombreuses collections en Italie 
et dans le reste de l'Europe : on peut les considerer 
comme une des premieres productions typiquement 
italiques (c'est-a-dire de l'ltalie preromaine) a trouver 
place dans les collections d'antiques. 

Si le contexte de production des anneaux a ete ainsi 
tres tot defini, il n'en va pas de meme de leur fonction 
qui a donne lieu a des hypotheses d'autant plus incertaines 
que les textes antiques sont muets sur ces objets. 
lis etaient consideres dans la collection Braschi comme 
des « couronnes votives ». Mais Interpretation la plus 
courante a l'epoque etait celle proposee par Paolo Maria 
Paciaudi (1710-1785). Ce religieux theatin futl'ami 
et le correspondant du comte de Caylus, auquel il fournit 
dans les annees 1750 et 1760 nombre d'antiques, 
dont un anneau du Picenum, aujourd'hui conserve 
au Cabinet des medailles. Dans son traite Delle antichita 
di Ripatransone, Paciaudi suggere que les anneaux ont 
servi a des jeux athletiques, en l'occurrence a des epreuves 
de force, deux adversaires poussant ou tirant chacun 
de son cote sur l'anneau. Cette interpretation 
a ete volontiers reprise tout au long du xix e siecle, dans 




les inventaires de collection comme dans les catalogues 
de vente. Elle n'a toutefois pas fait l'unanimite 
et de nombreuses autres interpretations ont ete 
periodiquement proposees, faisant tour a tour 
de ces anneaux des poignees ou heurtoirs de portes, 
des instruments a fouler le raisin, des ex-voto ou 
des poids premonetaires. . . La recherche archeologique 
recente n'a pas resolu definitivement la question, mais 
a toutefois permis de preciser le contexte d'utilisation 
et de restreindre le champ des hypotheses. Les exemplaires 
decouverts lors de fouilles, qui permettent de dater les 
anneaux du vi e siecle av. J.-O, montrent qu'ils faisaient 
partie exclusivement du mobilier de tombes feminines, 
ou un anneau etait depose pres de la main ou au niveau 
du bassin de la defunte. Pour autant, il n'est pas aise de 
determiner la signification de cet attribut : il est possible, 
comme cela a ete recemment suggere, qu'il faille y voir 
un signe religieux et, en l'occurrence, la manifestation 
d'une devotion particuliere de ces femmes a la deesse 
locale Cupra, ou plus simplement un marqueur social, 
l'indication que la defunte avait eu des enfants. 

Un grand nombre des montages imagines par 
Valadier pour mettre en valeur les antiques Braschi 
ont disparu, les plus riches d'entre eux ayant ete surement 
detruits des le pillage du palais en 1798. D'autres furent 
retires plus tard, pour separer les elements anciens 
des ajouts modernes. C'est ce qu'il advint pour notre 
anneau, encore decrit dans l'inventaire de 1801 au Louvre 
avec son socle : « 89 bis : 2 grands anneaux ou couronnes 
votives a six nceuds; ces deux objets antiques sont supportes, 
l'un par un lion en bronze dore grimpant sur un rocher 
en marbre ; l'autre par un homme en Atlas. » 
C'est cette description qui a permis d'identifier dans 



les reserves du departement des objets d'art ce lion 
de bronze sur un rocher, un montage dont on peut avec 
confiance attribuer la conception a la maison Valadier. 
Le socle est de marbre blanc et de porphyre rouge, 
avec un jonc de bronze dore, une alliance de materiaux 
et de couleurs particulierement appreciee de Valadier (fig. 5). 
Lidee de recompense ou de prix qui etait attachee a cet 
anneau est exaltee par le montage. Le choix du porphyre 
indique l'importance symbolique accordee a cet objet, 
qui apparait suspendu dans les airs, supporte par un lion 
qui gravit un rocher escarpe. Le lion, symbole habituel 
de la Force, semble recevoir cet anneau, plus qu'il 
ne le soutient. Le rocher, en forme d'escalier, 
est la representation conventionnelle du chemin 
rocailleux et ascendant de la Vertu, oppose a celui, 
bien plus commode, du Vice. II faut done comprendre 
la composition comme une image de la Force qui, par 
la Vertu, recoit sa recompense. On n'en fit probablement 
jamais une lecture aussi litterale, dont nous forcons ici 
le trait, mais tous ces elements etaient parfaitement 
intelligibles d'eux-memes. Lallusion etait d'autant plus 
transparente que les armes de la famille Onesti portent 
un lion d'or — les lions abondent dans le decor du palais (fig.6). 
Ainsi, sur le socle confortable de la pourpre 
de la souverainete, en porphyre, le lion-due se propulse 
pour recevoir sa couronne. On aurait aussi en vie d'y voir, 
si n'est un private jo\e, au moins un clin d'ceil a la fontaine 
des Fleuves qui se trouve au centre de la place Navone, 
a deux pas (fig. 7). Ce chef-d'oeuvre du Bernin 
a l'iconographie complexe celebre la famille Doria 
Pamphilj a travers la personne d'Innocent X. 
Lobelisque antique est perche sur un rocher sculpte, 
concu par le Bernin. Valadier reprit cette idee de l'antique 




fig. 8 



pose sur un element moderne qui imite les formes 
de la nature, un artifice qui souligne la profonde 
signification historique et la haute antiquite de l'objet 
presente. Au pied de ce rocher, dechiquete de la meme 
maniere pittoresque, un lion vient s'abreuver a la source 
de la sagesse divine (fig. 8). 

Le due Braschi-Onesti sut retomber sur ses pieds et, 
en depit du sac de son palais, ne garda pas de rancceur 
contre la France. II vint dans la suite de Pie VII a Paris, 
pour le couronnement de Napoleon, fut designe comme 
maire de Rome en 1809 au prix d'etre excommunie 
et s'installa dans son palais sur la place Navone. 
II accueillit le transfuge Murat sur le Capitole en 1814, 
survecut a la chute de l'Empire, pour mourir, 
pardonne par Pie VII, en 1816. 

Laurent Haumesser, 

departement des Antiquites grecques, 
etrusques et romaines 
Philippe Malgouyres, 
departement des Objets d'art 



Illustrations 

fig. 1 Antonio Cavalucci (1752-1795) 

Luigi Braschi Onesti, 1783 
Huile sur toile 
Rome, museo di Roma 

fig. 2 Le palais Braschi 

Rome, place Navone 

fig. 3 Anneau 

Italie centrale (Picenum), vi e siecle av. J.-C. 

Bronze 

Paris, musee du Louvre; Br 1534 (MR 1560) 

fig. 4 Carte de I'ltalie centrale 

fig. 5 Luigi Valadier (1726-1785) 

Vase d 'une pake ; livre en 1773 a M mc Du Barry 

Porphyre, marbre blanc, bronze 

Chateau de Versailles (depot du Mobilier national) 

fig. 6 Lion, detail de la facade du palais Braschi 
Pierre 

fig. 7 Vue de la place Navone 

Au centre, la fontaine des Fleuves 
et au fond le palais Braschi 

fig. 8 Gianlorenzo Bernini (1598-1680) 

Lion, esquisse pour la fontaine des Fleuves 

Terre cuite 

Rome, Academie de Saint-Luc